nous naissons à nous-mêmes comme sujets, c'est-à-dire comme des êtres irréductibles à ce que les autres et la société nous demandent et permettent d'être. L'éducation, la socialisation, l'instruction, l'intégration nous apprendront à être Autres parmi les Autres, à renier cette part non socialisable qu'est l'expérience d'être sujet, à canaliser nos vies et nos désirs dans des parcours balisés, à nous confondre avec les rôles et les fonctions que la mégamachine sociale nous somme de remplir. Ce sont ces rôles et ces fonctions qui définissent notre identité d'Autre. Ils excèdent ce que chacun de nous peut être par lui-même. Ils nous dispensent ou même nous interdisent d'exister par nous-mêmes, de nous poser des questions sur le sens de nos actes et de les assumer. Ce n'est pas "je" qui agit, c'est la logique automatisée des agencements sociaux qui agit à travers moi en tant qu'Autre, me fait concourir à la production et à la reproduction de la mégamachine sociale. C'est elle le véritable sujet. Sa domination s'exerce sur les membres des couches dominantes aussi bien que sur les dominés. Les dominants ne dominent que pour autant qu'ils la servent en loyaux fonctionnaires. C'est dans ses interstices, ses ratés, ses marges seulement que surgissent des sujets autonomes par lesquels la question morale peut se poser. A son origine, il y a toujours cet acte fondateur du sujet qu'est la rébellion contre ce que la société me fait faire ou subir.
André GORZ.

mercredi 8 juillet 2009

J'ECRIS TON NOM. TON NON.

Josep Bofill. Posicio.
Tu dis non.
Tu ne sais même plus à quoi tu dis non.
Tu dis non question de survie.
On te fera dire non dans un bocal.
Prismatique : si étroit que tu ne pourras même plus prendre la posture du non.
Ton nom numérisé finira au grand musée de la négation.
Ton non saturé à la postérité alléatoire.
Josep Bofill. Prisma.
Tu dis nom.
Tu ne sais même plus à quoi tu dis nom.
Tu dis nom question de survie.
On te fera dire nom dans un bocal.
On y concentrera du nom cristallisé.
Ton nom numérisé finira au grand musée de l'affirmation.
Ton nom saturé à la postérité alléatoire.
Josep Bofill. Concentracio.
Mais comment donc désormais fonder l'affirmation de ton identité sur la négation de l'évolution des structures sociales ?
En avant.
Y a pas d'avance.

jeudi 25 juin 2009

NOBLESSE DU TOC.

Jean-Louis Corby. ça roule.
Je n'avais rien vu qui m'intéressât à l'étalage.
Mais, après avoir consenti aux formalités en usage pour pénétrer dans les établissements qui renferment les valeurs précieuses du système économique toujours en place - je veux dire : sonner, me faire examiner par l'intermédiaire des caméras de protection et entendre le déclic qui - contre toute attente - m'autorisait, malgré ma dégaine, l'accès des lieux - je poussai donc la porte de la bijouterie la plus chic de la localité.
Je cherchais un gros anneau que je chargerais de symbolisme : une sorte de chevalière, mais...
Je suppose que le préposé à la vente, à qui je n'avais pourtant rien précisé , devait être doté d'une sorte de feeling-sixième sens qui lui permettait de discerner les attentes particulières secrètes y compris d'un client dont la présence en ce lieu pouvait paraître étrange.
Je reprécise que j'étais entré en vue d'un achat et non pour perpétrer un hold up. Je n'avais d'ailleurs amené aucune de mes armes pour éviter de créer une situation ambiguë.
Parmi les bagues de toutes sortes, mon regard fut immédiatement attiré par un énorme anneau blanc qui avait fière allure et je m'enquis du prix, m'attendant à ce qu'il soit bien hors de portée de la somme que ma coquetterie innée souhaitait investir pour se satisfaire.
"1000 FB", me dit-il...
Il avait aussi compris que ma paresse naturelle m'empêchait d'effectuer automatiquement les conversions dans la monnaie pourtant en usage depuis une décennie dans cette partie du monde qui pouvait encore compter - malgré la crise - sur une position économique dominante.
Je m'attendais à cinquante fois plus cher pour un tel anneau...
En fait, il ne s'agissait pas d'or blanc, mais bien d'acier inoxydable.
Tout le monde aurait pu s'y tromper. Et d'ailleurs, tout le monde s'y trompe si j'en juge aux regards appuyés qui se posent - hypnotisés - sur mon annulaire droit.
Je ne me sens pas toujours en sécurité.
Oui, j'ai fait immédiatement l'acquisition du bijou, d'autant plus que le gros chaton porte ostensiblement gravées mes armoiries d'aristocrate prolétarien : rien du tout...
Qu'est-ce que ce monde fictif où la valeur intrinsèque d'un objet repose sur la nature du métal dont il est composé ?
Sur quelles autres mystifications reposent donc les mécanismes de son fonctionnement ?
Qui conduisent à quelles catastrophes programmées ?
Noblesse du toc.

jeudi 18 juin 2009

ET HOP..., ENCORE UN TEXTE !

Josep Bofill. Progressio.
Le nombre de créations d'entreprises a baissé de 2,2% en mai en France par rapport à avril,
à 48.583, selon des statistiques publiées par l'Insee.
C'est la première baisse en variation mensuelle depuis décembre, avant l'entrée en vigueur,
le 1er janvier, du statut de l'auto-entrepreneur qui a gonflé les chiffres depuis.
Et hop ! Encore un texte.
Avec une plaie ouverte qui se dissimule derrière.

Mais celui qui a écrit ça ne meurt pas d'amour.
Peut-être, parce qu'il écrit...
Ce qui permet de passer à autre chose.
Peut-être un peu plus vite .
Ce qui est salutaire parce qu'on ne se laisse pas contaminer par les virus de ses aboulies.
On ne va pas passer sa vie à mourir d'amour...
Sauf si - incapable de monter sa petite entreprise en période de crise - on songe sérieusement à recycler et rentabiliser ses chagrins.
Il y a des clients pour tout.

lundi 15 juin 2009

DANS LES CLOUS.

Josep Bofill. Hermetic.
Lui n'a pas d'orgueil.
Il est jeune pourtant.
Il arpente la vie comme on traverse la rue : dans les clous.
Il pense que tout lui est interdit que rien ne lui est possible.
Pas besoin d'être en tôle pour être au clou.
C'est comme ça qu'il accepte et s'accepte.
Il projette son destin dans un ciel clouté.

dimanche 14 juin 2009

SONGE DE NARCISSE.

Josep Bofill. Le songe de Narcisse.

Certes, c'est de l'orgueil.
Imagine qu'en plus j'aie fait preuve d'humilité...
Quand on vient d'où je viens on fait flèche de tout bois.
Je n'ai trouvé que ça pour avancer : il y a des illusions porteuses.


...............
Je scrute rarement mon visage dans le miroir.
J'y vois les traits de mon père et c'est l'horreur.


C'est l'horreur car j'ai énormément conscience d'être l'auteur de la mécanique interne du fonctionnement de mes structures cervicales.
C'est à dessein que je n'use pas du mot "mentales".


Peut-être que je me suis fait en niant ce qu'il était.


Mais c'est peu probable.


Ou il m'a fallu peu de temps pour dépasser cette démarche.


J'aurais aimé - de même - être le créateur de mes traits physiques. Ce pourrait être une motivation pour recommencer une vie.
Où va se nicher le dur désir de revivre...


ARTHUR, OU T'AS MIS LE CORPS ?

Jean-Louis Corby. Le droit de savoir.
Quand je démarre dans ma nouvelle acquisition et que j'omets de boucler la ceinture de sécurité, le véhicule se met à gueuler.
Je sais déjà que le prochain (si, vu l'âge, il y en a encore un) ne démarrera plus si je ne me conforme pas à cette prescription du Code de la Route. Ou qu'il signalera immédiatement l'infraction au Bureau Central des Amendes qui débitera automatiquement mon compte d'une somme forfaitaire fixée par la Loi.
Par construction, tous les appareils que je manipule m'enlèveront progressivement toute possibilité de transgression bénigne.
Et l'on fouillera mon passé afin de mettre à jour la faille psychique souterraine qui m'a emmené à ce que je pète vraiment les plombs et finisse par commettre ce crime...

lundi 1 juin 2009

AU BLOG !

Josep Bofill. Silencio.




Au blog !
enfermé dans ton site
à gueuler des vérités primaires
à susurrer les secrets
de tes comportements d'alcôve
tu t'époumones
en vain
bouclé dans ton sarcophage en plexi
hermétique
tu songes
à recourir
à l'efficacité
du silence.

vendredi 29 mai 2009

CADAVRE EXQUIS CYBERNETIQUE ?

Il y a belle lurette (elles sont toujours belles, les lurettes), les surréalistes ont inventé un jeu-mécanisme de création qu'ils avaient appelé "cadavre exquis".
Je ne te ferai pas l'injure d'expliquer.
(Puisque tu es ici, t'as qu'à taper dans google si tu sais pas...)
Tout ça pour dire qu'il m'arrive de m'amuser à chercher à savoir par quel(s) mot(s)-clefs des internautes du bout du monde arrivent sur mon site. Et google qui pique sans doute aussi de manière alléatoire dans les textes fournit encore (mais ça ne durera sans doute pas) de bribes de signifiants parfois hallucinants qui provoquent la curiosité mieux que je ne pourrais faire en opérant un choix conscient dans les écrits de la page...
Ainsi :

Massy, Ile-de-France arrived from
google.fr on "et l'on se dit qu'il est bien tard..." by searching for C'est au crépuscule de la vie qu'on sait si l'on a aimé et surtout, si l'on a été aimé... .
09:11:29 -- 45 minutes ago
et l'on se dit qu'il est bien tard...
D'après le Petit Larousse qui - malgré sa taille sait de quoi il cause en matière de ....

Et plus j'aime, plus je prends du recul. Pour ne pas me laisser prendre. ....
Non Claude, ma vie n'est pas en jeu, peut-être juste enjeu. ....
C'est pour le moins ta jeunesse - si pas toute ta vie - qu'il faudra mobiliser pour ...

mardi 26 mai 2009

CE N'EST QU'UN COMBAT, CONTINUONS LE DEBUT.

Josep Bofill. Posicio.

Josep Bofill. Vianants de Barcelona.

Les défilés de piétons, à Barcelone et ailleurs, se déroulèrent sous bonne garde - on n'est jamais trop prudent - mais sans susciter l'inquiétude particulière du pouvoir.

Josep Bofill. No.
Apparurent - contre toute attente - des manifestations spontanées de négation qui prirent naissance simultanément chez des individus non encore interconnectés.
Josep Bofill. Meeting.
Cette fois, de par ses dimensions individuelles et collectives, le mouvement prit une ampleur inattendue et fut à deux doigts de déboucher sur un bouleversement social significatif.

lundi 11 mai 2009

DES ENFANTS. (suite).

Arnold De Spiegeleer. (Echec, détail).
Mois de mai très généreux.
Je veux dire en soleil et chaleur.
Les gars bossent dans les cultures : peuvent pas normalement mais ont ôté jusqu'au Tshirt...
Peuvent pas. Mais le prof. a chaud aussi.
Puis la fin de l'année approche.
Un seul d'entre eux : 17 ans - athlétique - a gardé le haut.
Je m'approche, nonchalant et curieux : "Je te savais bon cavalier, mais pas si à cheval sur le règlement."
Il me regarde sans répondre ... lui pas si tacite d'habitude.
Un copain, derrière lui, me fait discrètement signe de laisser tomber.
Je m'éloigne, mais c'est lui qui me suit...
Il raconte : sortie de nuit entre copains.
Arrosée. A l'alcool, bien sûr. Mais peut-être autre chose.
Perte de conscience.
Se réveille le lendemain.
Découvre un tatouage sur l'homoplate.
L'horreur... Pas que ce soit laid mais c'est la symbolique qu'il abhorre...
Condamné à vie... à s'expliquer chaque fois qu'il se met torse nu ...
Certains rigolent avec un léger rictus de culpabilité.
Les autres non plus ne comprennent pas pourquoi il a si mal à cause de ça.
Moi, je n'ai rien à lui apprendre puisqu'il souffre d'une identification symbolique contrainte et indélébile.
J'espère qu'avec le temps il a trouvé une solution : chirurgie, lazer, un autre artiste qui a rectifié...
A moins que, depuis, comme beaucoup, il ait "grandi" dans sa tête.
Et qu'il s'en foute...

dimanche 26 avril 2009

A LA GRANDE CAVALE *.

Dirk De Keyzer. Mes souliers sont rouges.

En ce temps-là, t'étais bonne cavalière et tu montais à cru.
Qu'est-ce que t'as pu cavaler !
T'en as gardé de beaux restes : une fameuse culotte de cheval.
De quoi combler les rêves de ceux qui - en ce jour - partagent le privilège de te prendre en croupe.

Dirk De Keyzer. Ruiter.

* D'après le Petit Larousse qui - malgré sa taille sait de quoi il cause en matière de vocabulaire - "cavale" signifie jument en langage poétique.

mercredi 15 avril 2009

JOCONDE DIGITALE.

Josep Bofill. Entre digits.Dans le halo aléatoire qui nimbe ton visage
entre deux successions digitales parallèles
je te devine
perçois le moment
où l'éclair du binaire
prendra la relève :
tu auras disparu.

M'appartiendra de faire varier
le curseur du mystère
pour produire
à la demande
et sans risque
l'intensification optimale de ton vécu.

Tu seras pour la foule
la Joconde digitale
et moi l'artiste à peine binaire.

Josep Bofill. Joconda digitas.

vendredi 10 avril 2009

DEUX EN MARGE.

Josep Bofill. Dos.

Je suis avec eux, mais la «cause» perd, tout à coup, de son importance .

Et je cherche un visage fraternel qui - pour ses propres raisons - n’y croit plus trop non plus , qui - pour ses propres raisons - a fugué loin d’ici après s’être cru obligé de répondre à l'appel.
Un visage féminin, si possible…
Et l’on s’arrache pour mélanger nos larmes.
Au bistro… ou plus si affinité.

Explosions d’artifices dans une vie sans éclat.

Feu .

mercredi 8 avril 2009

EN RUT !

Josep Bofill. Barreres digital.
Tu rutilais
dans la lumière
de l'artifice virtuel.

Derrière les barres digitales,
tu soutenais mon regard
que tu ne voyais pas.

Tu te branlais à vide.
.
Moi avide,
l'index paralysé
- crispé sur la souris -
comme sur un clitoris
tentant de cliquer droit
pour découvrir le contenu
du menu contextuel.

jeudi 26 mars 2009

QUI ES-TU ?

Josep Bofill. Laila II.










Te cadre pour mieux t'encadrer.
Te colle aux cimaises : dans l'imaginaire.
Surévaluée, te voilà bien mal cadrée...
Te colle au mur dans le quotidien.
Décidément, peux pas t'encadrer...
Peux pas te voir en peinture.

dimanche 22 mars 2009

ET NOUS... SOMMES-NOUS ?

Jean-Louis Corby. Incertitude.

Le mec que tu regardes ce soir sur la scène, ce mec aux cheveux blancs avec sa tête qui ressemble à un trapèze, n'est pas là.
Les chansons qu'il chante, tout ce qui t'arrive par les yeux et par les oreilles, tout cela a été fait, dit et redit depuis longtemps.
Le mec que tu regardes, c'est de l'illusion.
Demain c'est la mort figurée, on vous la vend cette mort figurée, on vous vend cet artiste pâli sous des projecteurs réglés, soumis.
On vous vend par petits paquets, par petits fauteuils à des prix acceptables un artiste qui s'est vendu pour un prix accepté. L'argent c'est le sourire du désespoir.
Demain c'est aussi le désespoir. Alors, demain tu seras riche mon camarade, car ce que je te donne n'a pas de prix.
Accepte-moi comme je t'accepte.
Demain je t'aime !
Léo.

Je persiste : et nous, sommes-nous ?

Bonjour Michel,
Tu sais, je ne partage pas ton sentiment d'insuffisance ou d'humilité...
Ni pour toi, ni pour moi...
Non par orgueil, mais parce que je vois dans cette tendance à l'idolâtrie - tu m'excuseras - les racines de notre démission, je veux dire du consentement à la médiocrité de nos vies...
Personnellement, quand je vais au spectacle, je ne cherche pas un christ mais une voix fraternelle qui me fait pénétrer plus profond en moi.
Au point d'y découvrir des dimensions évidentes a posteriori, que je ne soupçonnais pas et sur lesquelles je m'appuierai pour aller plus loin.
Et plus j'aime, plus je prends du recul.
Pour ne pas me laisser prendre...
C'est ma façon de respecter l'artiste ... et de me respecter aussi.
D'ailleurs, si j'ai du plaisir à fréquenter ton site, c'est parce que j'y trouve une sincérité et une sensibilité assez exemplaire...
Sans spectacle...
Je veux dire : très souvent un homme à nu...
Même si, justement, tu te caches derrière des commentaires de spectacles pour te déshabiller.
Même si, à mon sens, ton humilité te conduit à trop citer...
Je sais, je le fais aussi, mais j'ai un lieu exprès pour ça.


A mon avis, tu gagnerais à débarrasser un coin de ton site pour y causer tout seul et pourquoi pas de toi ?
Tu émets le souhait qu'on se rencontre ailleurs que sur le net.
Ben, faut décider et pas faire confiance au hasard quand même.
Claude.

vendredi 13 mars 2009

VEILLEURS.

Josep Bofill. Veladures.


"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE).

Je fus préoccupé par les problèmes de révolution :
participer à l'expansion de la liberté
des hommes.

Mais pas assez de temps
pour m'oublier
au point d'être solidaire
de ces compagnons
de passage,
au point de me battre
pour ce qu'ils ne désiraient pas eux-mêmes.

Nous ne serons que des veilleurs.
Passerons-nous seulement le flambeau ?